Jean-Louis ChauzyL’Observatoire Régional sur la Qualité de Service des Infrastructures (ORQUASI) a vu le jour en juillet 2013. Jean-Louis Chauzy, son président, par ailleurs à la tête du Conseil économique, social, et environnemental régional de Midi-Pyrénées, a souhaité exprimer les raisons de son engagement au sein d’ORQUASI et exposer les fondements de ce nouvel observatoire.

Je suis amené, à travers mes différentes fonctions, à m’intéresser de près aux grands enjeux du développement des territoires. En région Midi-Pyrénées, comme dans chacune des autres régions de France, nulle vie, nulle économie, ne saurait se développer sans l’existence d’infrastructures, porteuses de ressources vitales (les réseaux d’eau, d’électricité, ou de gaz), d’échanges et d’informations (les télécommunications), et vectrices de mobilité des personnes et des marchandises (les routes, les ponts, les voies ferrées). D’autres avant nous ont fait ce constat, générations d’après-guerre portées par l’élan de la reconstruction. Nous sommes aujourd’hui les héritiers de ce patrimoine. Mais en connaissons-nous seulement l’état, et la valeur ?

Pour illustrer mes propos, je prendrai l’exemple de l’eau. Il est aujourd’hui malaisé d’avoir une idée exacte des linéaires de conduite d’eau dans le sol. Qu’y a-t-il en effet sous nos pieds ? Quelle est la nature des matériaux utilisés ? A quelle date ces canalisations ont-elles été posées ? L’incertitude qui entoure ces questions implique pourtant de lourdes conséquences. Nous savons aujourd’hui qu’en dépit des bonnes performances des métropoles, le vieillissement des canalisations génère une perte moyenne de près de 40 % des ressources d’eau, entre son prélèvement à la source et son approvisionnement en villes et en campagnes. En Midi-Pyrénées, seulement 0,38 % des réseaux font l’objet de rénovation. A ce rythme, il faudrait que leur durée de vie atteigne 260 ans ! Dans un tout autre domaine, les ponts sont eux aussi soumis à l’érosion. Le béton armé, que l’on pense, de manière illusoire, inaltérable, peut se dégrader prématurément et subir l’usure du temps et du climat, notamment de l’humidité. Songez pourtant que ce matériau est utilisé notamment dans la construction des ponts suspendus. Songez aussi que chaque jour, un pont en France s’effondre sous l’effet de l’érosion ou d’un manque d’entretien. Il en va de même pour les réseaux routiers. En 2011, il a été établi que près de 16 % des chaussées en France sont en mauvais état. Que dire enfin de la dégradation des lignes ferroviaires en Midi-Pyrénées, qui souffrent d’un taux d’électrification inférieur à la moyenne nationale (47 % contre 53 %) ?

En somme, notre héritage s’érode sous le joug du temps et de la diminution progressive des investissements publics liés à son entretien. Avec lui, s’étiolent aussi la sécurité et la qualité de vie des usagers, et grandissent les perspectives de dépenses qu’il sera nécessaire d’allouer à la rénovation en urgence de ces infrastructures. Les dégâts et le coût matériel générés par les crues en Haute-Garonne et en Hautes-Pyrénées en témoignent. A Lourdes par exemple, ville attractive qui accueille chaque année près de 5 millions de visiteurs, les inondations ont provoqué l’effondrement de plusieurs tronçons de voiries et de ponts, et ont gravement endommagé les réseaux électriques. En Haute- Garonne, la réparation des dégâts causés par les crues a été évaluée à près de 7 millions d’euros. Au total, et selon le bilan annoncé, 35 millions d’euros seront nécessaires. De telles dépenses iront croissant, sans une intervention anticipée et concertée.

Cette série de constats étant posée, il reste à prendre toute la mesure de l’usure des infrastructures de réseaux en région Midi-Pyrénées, qui connaissent des situations diversifiées, pour aider les acteurs publics et privés à mieux évaluer et planifier l’effort de rénovation.

C’est à cet enjeu complexe que l’Observatoire régional de la qualité de service des infrastructures en Midi-Pyrénées souhaite répondre. Pour cela, l’ORQUASI parie d’abord sur la multiplicité des sources d’informations et des points de vue.
Pour la première fois en France, un organisme indépendant associe à sa démarche une pluralité d’acteurs régionaux : collectivités territoriales, entités gestionnaires de réseaux, associations d’usagers des infrastructures, fédérations professionnelles, représentants de la société civile, monde de la recherche et de l’université…

En favorisant le partage d’informations, l’ORQUASI deviendra un lieu approprié aux débats d’orientationsurl’avenirdesinfrastructuresenMidi-Pyrénées. Plusencore,noncontentd’offriraux parties prenantes un espace d’échanges, l’ORQUASI produira de véritables outils de diagnostic sur la qualité de service des infrastructures, grâce à la mobilisation d’indicateurs fiables. Il sera également à même d’identifier les urgences qui nécessitent une prise en compte rapide, et d’anticiper les évolutions. J’entends faire de cet observatoire un véritable agrégateur régional des ressources et des informations auxquelles l’ensemble des participants – parties prenantes au maintien et à l’amélioration de la qualité de service des infrastructures, collectivités publiques, usagers – pourront accéder. A cet effet, un certain nombre d’enquêtes terrain seront produites. Nous nous sommes d’ailleurs déjà mis au travail, en commandant auprès de l’Institut BVA une enquête visant à mieux appréhender les attentes du public. Ses résultats sont probants : plus de deux tiers des habitants de la région Midi-Pyrénées jugent de manière générale les investissements nécessaires au développement de leur territoire. On constate par ailleurs que les attentes sont très fortes en matière de création de réseaux de communication, d’enfouissement de réseaux électriques, ou encore de rénovation de la voirie. Afin de concrétiser rapidement les ambitions de l’ORQUASI, ses membres mettront prochainement en place un groupe de travail qui définira avec précision ses missions et sa gouvernance.

Voilà en quelques mots la raison d’être de l’ORQUASI, qui, grâce à l’engagement de tous ses membres et partenaires, se portera au service de politiques publiques axées sur la préservation de notre patrimoine, dans son acception la plus large.