© Jakob Kamender - Fotolia.com

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Didier Ridoret, Président de la FFB, fait un point sur l’activité du bâtiment en 2013 :

Une hirondelle ne fait pas la reprise

2013 sera, tant au plan global qu’à celui du Bâtiment, une année moins mauvaise que prévu. Ainsi, fin 2012, nos prévisions pour l’année en cours se fondaient sur une accentuation du recul de la production (- 3,5% en volume), avec par exemple 315.000 logements mis en chantier sur l’année contre 346.463 en 2012. La réalité se situe finalement dans la fourchette de 330.000 à 340.000, ce qui traduit bien l’absence d’un décrochage supplémentaire.

Il ne faut toutefois pas confondre « moindre baisse », « sortie de récession » et encore moins « reprise ». L’euphorie n’est pas de mise, ni au plan général, ni pour l’activité du secteur, qui sera vraisemblablement en recul sur l’ensemble de l’année de 2,6% en volume.

Le Bâtiment souffre d’anémie

Le retour à des temps réellement meilleurs, avec environ 2% de croissance du PIB par an, ne se profilera pas à l’horizon, tant que l’investissement sera en baisse et que les déficits perdureront. L’activité du Bâtiment, sans perspective de croissance générale, reste et restera à la peine. Cet état de fait explique les derniers chiffres de l’emploi dans le secteur, à savoir – 24.000 salariés et – 6.000 postes d’intérim, en glissement annuel au premier semestre. En outre, les entreprises, après plusieurs années de crise, ont perdu beaucoup de leur trésorerie du fait des prix à la baisse, d’un rallongement des délais de règlement clients, mais aussi et surtout d’une réduction des délais de paiement fournisseurs. Cette anémie pernicieuse épuise petit à petit l’appareil de production et rend inéluctable l’ajustement des effectifs, ajustement amplifié par l’accroissement de la concurrence déloyale de la main d’œuvre étrangère à bas coût. Nous maintenons donc notre prévision d’une perte de 40 000 emplois en 2013 (y compris l’intérim), principalement par non-remplacement des départs.

Si l’on porte un regard plus fin par grands segments de marché :

  • l’activité dans le logement neuf aura atteint son point bas fin 2013 en nette baisse sur l’année (-6,8%) ;
  • a contrario, le non-résidentiel neuf résiste mieux et se stabilise (-0,2%) ;
  • l’amélioration-entretien continue à se réduire modérément, mais la perspective de la hausse du taux réduit de 7 à 10% à compter du 1er janvier 2014, ainsi que la reprise constatée des transactions dans l’ancien, fondent l’espoir d’un second semestre mieux orienté. L’année devrait ainsi se solder sur un recul de- 1%.

Le volontarisme s’impose !

Nul ne peut se contenter d’une telle situation au regard des ambitions affichées en matière de transition énergétique dans le parc existant. La FFB réitère sa demande, formulée depuis décembre 2012, d’ouvrir le bénéfice du taux de TVA à 5% aux travaux d’économie d’énergie. Certes, le passage de 10% à 5% coûte environ 660 millions d’euros mais cette mesure est seule à même de dynamiser le marché. D’ailleurs, le Président de la République l’a lui-même évoqué dimanche soir à la télévision. Nous attendons avec impatience les annonces de vendredi prochain et espérons ne pas être une nouvelle fois déçus !

S’agissant encore du soutien de l’activité, on ne peut que se louer de décisions prises il y a quelques mois sur l’effort en faveur du secteur HLM, de la réforme des plus-values immobilières mais aussi des dispositions prises plus récemment dans la loi Accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) concernant le retour à la contractualisation pour Action Logement et, enfin, de la mise en place du Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLU-I). En revanche, nous restons encore et toujours en totale opposition avec l’encadrement des loyers et la Garantie universelle des risques locatifs (GUL). Sur ce dernier point, nous restons fermement attachés à un système assurantiel et nous ne comprenons pas les options retenues. A l’évidence, il faut relancer le dialogue. C’est la méthode qu’il faut privilégier.

Dernier sujet majeur d’inquiétude, la primo-accession à la propriété, qui constitue à n’en pas douter « l’homme malade » du secteur. Le nombre de PTZ+ est passé de 95 400 en 2011 à 11 700 en rythme annuel sur la base du premier trimestre 2013 soit, excusez du peu, une division par 9 ! Ce constat est en totale contradiction avec l’affichage du logement comme une priorité du gouvernement ! Une telle situation est insoutenable. Nous demandons une refonte du PTZ+ dans les meilleurs délais. C’est la voie incontournable pour aller vers la construction de 500 000 logements par an ! La résorption de la crise du logement passe par là.

Sur les retraites, le BTP en première ligne…

L’actualité du secteur implique aussi un regard sur le champ social. Sans revenir sur les contours globaux du projet relatif aux retraites, un point du dispositif concerne très directement le Bâtiment. Il s’agit du compte de prévention de la pénibilité que le gouvernement vient de dévoiler.

Pour notre secteur, comme pour bien d’autres, ce dispositif pose plusieurs questions de fond. Il s’inscrit à l’inverse du choix historique fait par le BTP de favoriser la prévention de tous les salariés et pas uniquement de ceux qui sont exposés à des seuils de pénibilité. C’était par exemple l’objet de l’accord de prévention et d’amélioration des conditions de travail du 20 décembre 2011.

Le signal qu’il envoie aux jeunes générations est celui d’une mauvaise image du travail en général et du Bâtiment en particulier. Voilà, d’un trait de plume, réduits à néant tous les efforts faits depuis plusieurs années avec succès en matière de revalorisation de nos métiers.

La vraie pénibilité, c’est d’être au chômage ! Et il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, selon un baromètre publié par le CCCA-BTP en début de mois, deux tiers des apprentis déclarent entrer dans le Bâtiment par goût et choix personnel. De plus, selon la dernière étude sur l’absentéisme réalisée par l’Alma Consulting Group, le secteur du BTP reste, encore une fois, très bien placé avec un taux stable de 2,8%, comparé à celui de 2011.

Sans même parler de son coût qui va s’avérer ruineux pour notre branche, le dispositif pénibilité, qui s’appuiera sur des « fiches individuelles d’exposition », posera en pratique d’énormes difficultés de mise en œuvre et de définition de son périmètre. C’est un archétype de complexité !

Le Bâtiment est et reste totalement mobilisé en faveur de la prévention de la pénibilité, mais il ne peut accepter en l’état un projet qui stigmatise le secteur.