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La signature du contrat de filière du comité stratégique de la filière bois a lieu ce jour au ministère de l’agriculture. Par un courrier daté du 15 décembre, la Fédération Nationale du Bois (FNB) a annoncé à Stéphane LE FOLL son refus d’apposer sa signature.

La Fédération Nationale du Bois jette un nouveau pavé dans la mare. Après avoir manifesté sa profonde exaspération le 7 octobre dernier sur l’incompréhension du gouvernement face aux problématiques auxquelles la filière bois est confrontée depuis plusieurs années, la FNB a annoncé hier par une lettre adressée à Stéphane LE FOLL sa volonté de ne pas vouloir apposer sa signature au contrat de filière du comité stratégique de la filière bois signé ce jour à 16h30, au ministère de l’agriculture, en présence notamment de Ségolène ROYAL, Stéphane LE FOLL et Emmanuel MACRON. « Depuis plusieurs mois, nous avons des discussions avec le gouvernement afin d’expliquer la détresse des professionnels du bois. Nous sommes reçus au sein des ministères, faisons part de nos solutions. On nous écoute, puis rien. Aucune disposition. » déplore Philippe SIAT, le nouveau Président de la FNB. « Dans ce contexte, la FNB ne peut cautionner ce contrat qui ne va pas dans le sens d’une filière française du bois forte. Et, comment le gouvernement peut-il signer aujourd’hui un contrat de filière sans la FNB ? » s’interroge le chef de file de la FNB, l’une des plus importantes organisations professionnelles des entreprises de la filière forêt-bois, représentant à elle seule 1.750 entreprises françaises.

Pourquoi la FNB refuse de signer

Dans son courrier, la FNB détaille point par point les motivations de son refus au ministre de l’agriculture. En première ligne, les exportations massives de bois vers l’Asie. Un manque à gagner considérable : 800 millions d’euros de valeur ajoutée rien que pour l’année 2013, chiffre la FNB. « Le gouvernement refuse dans le contrat de filière de prendre une résolution ferme et claire sur le sujet de l’exportation des grumes et de déployer un plan d’action national et communautaire pour y mettre fin. Les services du ministère de l’agriculture proposent même d’annuler le 1er janvier 2015 la hausse des redevances phytosanitaires instaurée en octobre 2014. Un recul insupportable pour les scieries qui manquent de bois. En 2014, ces exportations sont à un niveau record : +100% pour le chêne, +70% pour le hêtre », explique Philippe SIAT. Autre motivation, l’investissement. La FNB déplore qu’aucun dispositif de provision pour investissements n’ait été retenu par le gouvernement dans le comité stratégique de filière. « Investir, c’est l’avenir », poursuit Philippe SIAT. « La provision pour investissements constitue un levier démultiplicateur et puissant pour nos entreprises où le capital investi est lourd. Lutter à armes égales dans une compétition internationale est vital pour nos entreprises si nous voulons survivre demain. ». Enfin, dernier point dans le courrier, le manque de bois : « Il manque à ce jour 3 à 5 millions de m3 pour servir tous les industriels hexagonaux. Développer la demande en bois sans résoudre préalablement et durablement le problème de la mobilisation forestière constitue à nos yeux une menace sérieuse pour l’industrie française », indique Philippe SIAT. « En l‘état, ce contrat va favoriser l’import massif de bois car sans bois en quantité suffisante pour tous les secteurs de la filière, la demande va se servir auprès de la concurrence, à l’étranger ! ». La FNB demande ainsi au gouvernement une politique puissante de l’offre pour permettre un rééquilibrage du marché, favorable au bois français. Pour parvenir à mobiliser plus de bois, la FNB préconise préalablement de sécuriser le financement du renouvellement de la ressource et de promouvoir la forêt de production. « Les plantations d’aujourd’hui fourniront les bois et les emplois de demain car il ne peut y avoir de développement sans ressource disponible pour tous ». Absence de mesures face aux exportations, manque d’accompagnement pour développer la compétitivité des entreprises, politique de l’offre insuffisante pour alimenter le marché français, la FNB a fait le choix de ne pas cautionner un contrat de filière qui, tel qu’il est rédigé selon l’organisation, est susceptible à terme de compromettre la pérennité des entreprises et d’accélérer les difficultés de l’amont de la filière. « La filière forêt-bois française est une filière d’avenir qui peut créer de nombreux emplois mais nécessite préalablement une vision partagée de la stratégie à suivre », conclut Philippe SIAT. La FNB dit rester ouverte aux aménagements utiles pour que ce contrat emporte le consensus attendu par tous.