Corderie Royale de Rochefort  - Photo : Patrick Despoix via Wikimedia Commons

Corderie Royale de Rochefort – Photo : Patrick Despoix via Wikimedia Commons

Depuis trois ans, le ministère de la Culture et de la Communication décerne un prix de 50 000 euros à des lieux patrimoniaux qui ont relevé le défi de l’accessibilité. Pour 2013, les lauréats sont la Corderie Royale de Rochefort, le Musée de plein air des Maisons comtoises à Nancray (Doubs), le musée Toulouse-Lautrec à Albi (mention spéciale), le musée de la Musique et le musée du Louvre, à Paris. Focus sur deux d’entre eux.
Les « ficelles » de la Corderie Royale de Rochefort
« La démarche de prise en compte de l’accessibilité, qui était une conquête au début, en 2004, est désormais une démarche de qualité. Et elle-ci ne s’arrête jamais ».Marie-France Poletti, responsable communication et marketing, en charge de la démarche accessibilité au Centre international de la mer – Corderie royale, sait comment mener la charge. « Globale et fondée sur une dynamique de transversalité », la démarche mêle tous les publics au lieu de les ghettoïser. « Tout le monde en bénéficie ». Si les 1500 visiteurs handicapés et leurs accompagnateurs sont bien sûr les premiers visés, l’ensemble des 150 000 visiteurs annuels sont concernés plus ou moins directement par les projets d’amélioration de l’accessibilité du site. Ce qui est bon pour un fauteuil roulant l’est aussi pour une poussette, par exemple. Ce qu’une personne en fauteuil peut voir ou toucher est accessible aussi à un enfant. La vidéo d’une visite mimée par une comédienne du cru, formée à l’école Marceau, est aussi opérante sur les enfants que sur les déficients mentaux, qui « réagissent fortement ». De même pour la Langue des Signes Française (LSF) : « Même ceux qui ne la connaissent pas sont sensibles à sa poésie, à son côté suspendu ». 
Cette politique des publics possède aussi des vertus en interne pour le musée. « C’est un vrai levier de management interne ». Car la Corderie royale veut sa démarche collective. Elle forme ses personnels -au handicap mental notamment, emploie des travailleurs handicapés, sensibilise le grand public. Le chorégraphe-plasticien Michel d’Auzon, artiste en résidence, a travaillé avec des personnes fragilisées psychologiquement par les aléas de la vie. « Nous avons bénéficié d’un formidable réseau et du partage d’expérience. C’est un domaine où il n’y a pas de concurrence, mais au contraire où on gagne tout à partager ».
Musée des Maisons comtoises de Nancray : la numérisation au service du handicap
Ici, la question de l’accessibilité relève du pur défi. Imaginez un espace naturel vallonné de 1,8 km sur lequel sont disséminées 30 authentiques maisons rurales des 17e et 18e siècles. Chacune d’elles a été soigneusement démontée depuis son lieu d’origine, et remontée pendant trois ans sur le site du musée. Comment accéder à ces maisons en fauteuil roulant, quand elles ont une étroite porte d’entrée précédée de marches d’accès, des petites pièces, un escalier intérieur étroit et raide ? Les modifier altérerait la raison d’être de ce musée. Seule solution : la numérisation. Grâce à une application développée pour le musée par une entreprise de la région spécialisée dans les panoramas à 360°, ce sont huit maisons et trois petits édifices qui sont aujourd’hui visitables virtuellement dans leur intégralité. Avec les sensations fidèlement restituées d’une visite in situ.
Il faut remarquer aussi la grande variété des pratiques proposées sur ce site, où la nature n’est pas moins importante que l’habitat : un environnement paysager composé de huit jardins cultivés biologiquement et d’un verger, d’étangs, sous-bois, sentiers, haies, pâtures, et peuplé de toute une faune sauvage. Les ateliers reflètent ces multiples ressources : atelier pain, atelier torchis et poterie, atelier animaux, atelier filage-tissage, art et nature. Un tel lieu – fondé par un abbé, Jean Garneret, selon un concept danois – se prête à merveille à des actions de solidarité. Que ce soit avec les jeunes d’un ITEP (institut thérapeutique, éducatif et pédagogique) qui participent au récolement de l’outillage agricole, de la vannerie et des fourneaux. Ou avec les jeunes handicapés d’un IME (institut médico-éducatif). Sans oublier les personnes devant effectuer des travaux d’intérêt général et les personnes en insertion, qui participent à des chantiers éducatifs. Il y a du travail et du bonheur à prendre pour tout le monde.