Photo : Richard Villalon - Fotolia.com

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2014 sera la plus basse année pour les Travaux Publics depuis 1998, 21% en dessous du point haut de 2007 en euros constants 

La Fédération Nationale des Travaux Publics confirme son anticipation pour 2014 d’une baisse du chiffre d’affaires Travaux Publics de – 4%. Après le léger rebond au 4ème trimestre 2013, l’activité est à nouveau au ralentie en ce début d’année. Les marchés conclus sont en diminution de -8,7% en rythme annuel. Ce recul devrait se poursuivre dans les prochains mois alors que se mettent en place les nouvelles équipes municipales. Cette baisse de la commande publique se retrouve également dans le suivi des lots TP dans les appels d’offres qui est passé au rouge dans la plupart des régions.

Une enquête d’opinion vient également confirmer ce décrochage de la commande : en avril 2014, les réponses des entrepreneurs du secteur font état d’une dégradation forte de leurs carnets de commande : le solde d’opinions correspondant aux carnets de commandes est plus de 23 points inférieur à sa moyenne de longue période.

Il y a 3 grandes explications à ce pessimisme ambiant des entrepreneurs du secteur. 

1. Le budget de l’AFITF est en forte baisse 

  •  En crédits de paiements, le budget de l’AFITF est en forte diminution depuis la suspension de l’écotaxe. Le budget prévu en 2013 n’a pas été réalisé et celui annoncé pour 2014 est encore en baisse : le budget primitif 2014 est inférieur de près de 20% à celui de 2013.
  •  Et encore, nous n’entrons pas là dans le détail des autorisations d’engagement qui ont été quasiment réduite à néant en 2014 avec les conséquences que l’on connait sur le financement de la prochaine génération de contrats de plan Etat-régions ou du 3ème appel à projet de transports collectifs…
  •  Ce budget de l’AFITF est catastrophique. M. Pancher, député de la Meuse a même récemment déclaré qu’il ne restait plus que 80 millions d’euros dans les caisses de l’Agence et que celle-ci vivait sur des avances de trésorerie (de RFF !).

2. L’investissement des collectivités locales est en panne 

  •  Les études récentes des analystes de Standard&Poors et de la Banque Postale convergent vers une diminution de l’investissement local de l’ordre de -6% en 2014.
  •  Cette panne de l’investissement local est d’autant plus inquiétante que nous ne voyons pas de signaux d’améliorations à l’issue de cette année électorale, nous y reviendrons.

3. Pas de soutien à attendre de l’investissement privé 

  •  Enfin, peu d’espoir du côté du privé comme en témoigne le graphique d’évolution du nombre de logements neufs mis en chantiers et des autorisations de construire. Il n’y aura donc pas d’effet d’entrainement à rechercher de ce côté-là, la FFB ayant annoncé une évolution proche de zéro pour l’année en cours.

Emploi : les perspectives s’assombrissent encore 

L’enquête d’opinion FNTP du mois d’avril traduit ces mauvaises perspectives dans les entreprises de TP : les entrepreneurs sont nettement plus nombreux qu’aux trimestres précédents à anticiper une réduction de leurs effectifs. Le solde d’opinion retombe même à son plus bas niveau historique de 1997. Il n’y a pas d’annonces de grands plans sociaux comme dans d’autres secteurs. C’est plus diffus sur tout le territoire et ce sont également des non remplacements de départs qui conduisent à cette baisse mais pourtant aujourd’hui les faits et les chiffres sont là : 22 500 emplois ouvriers permanents ont été perdus entre 2007 et fin 2013. Depuis le début 2013, il est estimé que le secteur a perdu plus de 7000 emplois ouvriers et l’anticipation de -12 000 emplois pour 2014 est maintenue.

La baisse des dotations de l’Etat aux collectivités locales pourrait entraîner les Travaux Publics dans un scénario noir dans les trois prochaines années 

Après les annonces du Premier Ministre, il est désormais certain que les collectivités locales seront fortement sollicitées pour participer à l’effort de redressement des finances publiques. La baisse des dotations sera amplifiée et se poursuivra jusqu’en 2017, où elles seront inférieures de 10,5 Md€ à leur niveau de 2013. Elles devraient en effet baisser d’environ 3 Md€ chaque année entre 2015 et 2017.

La Banque Postale a construit trois scénarios pour tenter de prévoir l’évolution de l’investissement local sur la période 2015-2017 :

– Le scénario « de base » conduirait à une baisse de 21% des dépenses d’investissement en 2017 par rapport à 2014.

– Un scénario moins pessimiste, dans lequel les dépenses de fonctionnement sont mieux maitrisées, aboutit à des dépenses d’investissement en baisse de -8%.

– Enfin un dernier scénario « noir » faisant évoluer les recettes courantes de +2% an au lieu de +3% a été simulé. Dans celui-ci, les dépenses d’investissement des collectivités locales plongent de -34%.

En partant de l’hypothèse que l’ampleur de la baisse des investissements liés aux Travaux Publics sera équivalente à celle de l’investissement global, il en résulterait un plongeon potentiel du chiffre d’affaires des TP liés aux collectivités et de fortes destructions d’emplois.

Le scénario de base appliqué à l’évolution du chiffre d’affaire TP entraînerait un recul de celui-ci de 3,8 Md€ et provoquerait la destruction de 37 000 emplois. Les emplois perdus seraient de 58 600 en cas de scénario noir.

Ces pertes d’emploi impacteront en outre durablement la compétitivité du secteur en se traduisant par une perte de compétences dans certains domaines qui faisaient jusqu’à présent la force des entreprises sur le marché national et à l’export.